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Centbornarde en Algérie

16-Oct-2016

100 km - Rencontre avec Saida Younsi

 

« J’ai débuté la course à pied au moment où mes enfants ont commencé à faire de l’athlétisme. Depuis, ils ont arrêté… Un de mes fils est devenu géologue. L’autre poursuit ses études en master de marketing. Moi, j’ai continué à courir ! » N’attendez pas de la part de Saida Younsi qu’elle vous en mette plein la vue. A 57 ans, cette femme très mince, aux cheveux courts, préfère parler avec précision, avec les mots les plus droits, de son histoire avec la course à pied. Même si cette médecin généraliste, d’origine algérienne, qui vit et travaille dans un cabinet de radiologie à Alger, a découvert cette discipline dans un pays où il n’est pas toujours simple pour les femmes de faire un footing : « en Algérie, celles qui pratiquent un sport le font dans des endroits strictement féminins. C’est par exemple la natation dans des piscines où il y a des créneaux réservés. La course à pied, comme cela se pratique en extérieur, c’est tout de suite plus compliqué. »
Pour autant, Saida aime courir en short et en débardeur. « Je me sens bien comme ça » commente-t-elle tout en soulignant que pour courir à Alger, le lieu le plus accessible et le moins pollué reste le parking du stade olympique, « car il est éclairé tard. Chez nous, peu d’équipements sont largement ouverts au public. » 

 

De Biskra à Ouled Djellal pour son premier 100 km

 

 

En 1997, lorsqu’elle enfile ses baskets pour la première fois, Saida a tout de suite trouvé la course à pied « épatante » : « C’est un sport formidable pour apprécier les paysages et faire des rencontres. Et puis, contrairement au cyclisme, on n’a besoin de rien pour courir ! ». Premier semi-marathon. Contre toute attente, sa famille est présente sur la ligne d’arrivée. Premier marathon à Paris en 2002. Notre médecin est emballée par cet univers qu’elle découvre et l’exploration des capacités de son corps. « Je ne cours par pour le chrono. Ce que j’aime c’est véritablement l’ambiance très conviviale de ces épreuves. »  
Quelques années plus tard, elle se lance un nouveau défi avec un petit groupe d’amis : ce sera un 100 km. « En Algérie, il fallait inventer cette course qui n’existait pas » explique-t-elle. L’association Bouchaoui Athlétique club se lance dans l’entreprise. C’est ainsi qu’en 2008, aux côtés d’une petite dizaine de coureurs, Saida est la première femme algérienne à courir 100 km en reliant les villes de Biskra et Ouled Djellal au sud-est d’Alger. En 12h. Elle se souvient du côté expérimental de sa préparation : « Face à l’inconnu d’une telle course, nous avons beaucoup lu et testé toutes sortes de matériels… Ceux qui couraient étaient aussi ceux qui organisaient la manifestation. » L’expérience est intense et fatigante à tous les niveaux.

 

Juste courir

 

Saida prend la parole avant tout comme une coureuse. Et n’entend pas être le porte-drapeau d’un message féministe. Même si la réalité de son pays, elle l’analyse les yeux grands ouverts : « Je vis dans un pays macho. En Algérie, de nombreuses femmes qui ont choisi de faire des études et de travailler ont du mal à se marier. Il y a 30 ans, nous avions un Président qui pensait que tout le monde devait faire des études. Mais comme l’enseignement supérieur est encore aujourd’hui dispensé en français, cela n’a pas permis une évolution harmonieuse de toutes les strates de notre société ».
Depuis son premier cent bornes, Saida continue de cultiver son goût pour la course à pied et à le partager avec les autres. Ainsi, l’ultra-marathon de Biskra accueille en 2014, comme invité de marque, Bruno Heubi. Le coach, ancien ultrafondeur, vainqueur des 100 km de Millau en 2005, sera le parrain de la course pendant plusieurs années avant de répondre à l’invitation de Saida pour organiser un stage à Alger en 2015. « Une structure d’hébergement pour les athlètes avait été mise à notre disposition. Nous nous sommes entraînés sur les parkings. Comme Bruno voulait évaluer notre VMA, nous avions tracé un parcours à même le bitume ». Sur 19 participants, 5 femmes. « Certaines n’avaient jamais couru. Ca a été une expérience formidable ». La grande qualité de Saida est sans doute la profondeur de son enthousiasme, elle qui entend participer en 2017, pour la seconde fois, au 100 km de Millau. « Juste pour avoir le bonheur de finir, avec le sourire. Et voir quelles seront mes sensations cette-fois ci. »

 

De passage à Nancy en ce début du mois d’octobre pour passer un moment avec son fils, étudiant à l’ICN Business School, Saida a participé au 12 km du Trail des Lumières à l’invitation de son ami et organisateur de la course, Bertrand Harter. Elle boucle la course en 1h22. Bravo à elle !

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